Bravo Fred!!!

Publié le 6 juillet 2016

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Est Républicain du 6 juillet 2016

C’est le rugby qui lui a tout appris. Ou en tout cas l’essentiel. À savoir que son chemin n’était pas forcément tout tracé, qu’il pouvait se le réinventer. « À un moment donné, je me suis dit que non, je n’allais pas finir en prison. Et que ma mère ne devait pas passer sa vie à se faire du souci pour moi. » Frédéric Parisse est un homme droit.

Curieux mélange que ce jeune quadragénaire, né de l’union d’un manouche et d’une gadgé (non issue de la communauté des gens du voyage), puis élevé par un beau-père yéniche. Et scolarisé jusqu’à 18 ans, « parce que ma mère y tenait absolument ». Ce qui lui a d’ailleurs permis de rebondir quand s’est présentée une seconde chance. Et d’occuper, aujourd’hui, le poste de « référent gens du voyage ».

Frédéric œuvre depuis 2012 sur Manitas de Plata, la plus grosse aire d’accueil de l’agglomération. Il en est devenu homme ressource, l’homme repère.

Il y a une dizaine d’années encore, Frédéric Parisse gagnait sa vie dans le bâtiment… « Mais depuis l’adolescence, j’avais d’autres activités bénévoles au sein de mon club de rugby. Animateur, entraîneur, etc. » Jusqu’à être repéré et encouragé à passer son brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport, le BP JEPS.

Éviter les impairs

Alors Frédéric changeait de vie et devenait, en 2009, animateur au service jeunesse de Maxéville. Cette même municipalité qui, le sachant très versé dans la culture des gens du voyage (et pour cause !), lui a fait, en 2012, cette proposition de poste singulier.

« L’essentiel de mon boulot, c’est d’assurer l’interface entre les occupants de l’aire et la municipalité et/ou diverses infrastructures. Un boulot de médiation, d’orientation, et d’animation. » Ce 3e volet concerne essentiellement les enfants, à qui il propose des activités sur place ou à l’extérieur, depuis la séance de motocross, de foot, de rugby (bien sûr !), jusqu’à la réalisation d’une fresque, une sortie canoë ou l’organisation d’une grosse opération de sécurité routière. Dans l’objectif constant de créer du lien.

« Ce ne sont pas mes origines qui garantissent que je m’occupe bien des enfants. En revanche, non seulement je ne me sens pas en insécurité puisque je n’ai pas de préjugés, mais en plus ça m’évite de commettre des impairs. » Les mœurs et traditions des diverses communautés de l’aire sont en effet à la fois très variées et très codées. Certains sont manouches évangélistes, d’autres yéniches catholiques… Ce que n’ignore en rien le référent, d’ailleurs intervenant à l’IRTS (Institut régional des travailleurs sociaux).

Grands-mères méfiantes

Il ne force donc jamais la main des parents, se garde de mettre leur autorité en doute, travaille sur la durée (« Avec les voyageurs, il faut savoir prendre son temps »), évite de parler de la mort (« un interdit ») et ménage les susceptibilités.

« Au début, il y a des grands-mères qui ont cru que je voulais accaparer les gamins ! Il faut sans cesse rassurer, baliser, expliquer simplement, se montrer transparent, tenace, franc, et alors seulement on peut en retour espérer leur confiance. »

Frédéric n’enjolive rien de ce dont il est témoin, et ne force le trait nullement. Il aime son boulot comme rarement. « Et j’aimerais encore l’exercer un moment. Ne serait-ce que pour voir comment évoluent les gosses avec qui j’ai été en contact. Et m’intéresser à la génération suivante. »

Il aurait pu être l’un de ces gosses… il y a de cela 35 ans.

Lysiane GANOUSSE